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jeudi 5 mai 2011

Claude Choules



Claude Choules nait le 3 mars 1901 à Wyre Piddle dans les Midlands. Je n’ai de lui que quelques échos d’une vaste vie. A quatorze ans il ment sur son âge pour s’engager dans la Royal Navy. En 1926 il émigre en Australie. Il fait la seconde guerre mondiale comme officier dans la marine australienne, puis finit sa carrière comme pêcheur. Il a deux filles, treize petits-enfants, vingt-six arrière-petits enfants et deux arrière-arrière-petits enfants. Je sais aussi de lui qu’il détestait la guerre et aimait le jus de mangue et les chocolats mous.
Quelques échos vous disais-je.
Claude Choules était le dernier combattant vivant de la première guerre mondiale.
Reste Florence Green, 108 ans. Elle servait dans la Royal Air France, mais n’avait jamais combattu.



Correction : les échos s'amplifient.
Sa page sur Wikipedia, en Anglais, en Français.
Son autobiographie publiée en 2009 s'appelle : The last of the last

mardi 19 avril 2011

Adrienne Bolland




Une femme est ivre à la table d’à côté. L’homme à travers les cris et les rires a compris qu’elle a perdu une grosse somme aux courses. Ce serait une soirée comme une autre, une femme de plus que des hommes saoulent au Champagne, si elle ne se montait pas sur sa chaise, pour dire, hommes accrochés à la jupe comme pour la retenir de s’envoler : « Et puisqu’il en est ainsi je vais faire de l’aviation ». Et pourquoi pas, on a temps besoin de pilotes à l’usine et puis cette femme dégage une telle énergie, alors l’homme répond : « Vous devriez essayer chez Caudron, il offre une bourse pour apprendre à piloter. »

Adrienne Bolland passe son brevet de pilote en novembre 1919, deux mois après son baptême. Du talent, mais sale caractère, et portée à faire le coup de poing plutôt que d’argumenter. René Caudron voit très vite le parti qu’il peut tirer d’une telle femme. Il organise une traversée de la Manche. Elle décolle, disparait dans les nuages, n’atteint jamais les côtes anglaises. Les journaux l’annoncent morte. Alors qu’elle avait viré à droite et brûlé sa nuit à Bruxelles avec ses amis. Commentaire : « Si je me suis noyée cette nuit là, ce n’est sûrement pas dans l’eau, il faut le dire… ».

Les succès d’Adrienne Bolland vont suivre. En 1920 elle est la seconde femme à traverser la Manche. En 1921, lassée d’attendre le nouvel avion que Caudron lui avait promis, elle s’élance, première femme, à l’assaut des Andes, sur un G3, frêle assemblage de bois et de tôle, avion d’observation conçu avant guerre. Biplan. 13, 40 mètres d’envergure, 6,40 mètres de longueur, 778 kilogrammes, 115 km/h de vitesse maximale, moteur de 80 chevaux et 4200 mètres de plafond, soit la hauteur des montagnes qu’il faut survoler. L’avion sera donc poussé à sa limite. Adrienne aussi. Pas de pare-brise : les vaisseaux de son visage explosent sous l’effet du froid et de la vitesse. Les Argentins la baptisent la « Déesse des Andes ». L'ambassadeur de France n'assiste pas à l'arrivée. Il avait cru à un canular. La France s’en fout.

Caudron la licencie en 1923, sur les conseils jaloux de sa jeune femme. Mademoiselle Bolland écume alors les meetings aériens et bat en 1924 le record féminin de loopings en série : 212. La presse s’intéresse. En 1933 elle survit à un crash victime d’un sabotage. Puis s’engage : au côté des suffragettes, des républicains espagnols, des résistants, puis de toutes les causes qui tout au long de sa vie lui sembleront justes.

Elle meurt en 1975.

Quelqu’un, un jour, employé de la mairie d’Arcueil chargé de l’état civil selon Wikipedia, ou secrétaire chez Caudron selon Air France Magazine, se trompa et ajouta un second L au nom de son père. Adrienne Bolland, avec deux L.

Source : Air France Magazine, n°168, 176-181.

vendredi 11 mars 2011

Dioclès arrête pas ton char

Gaius Appuleius Diocle est un aurige (conducteur de char à quatre chevaux). Le plus grand aurige de l'histoire.


De 122 à 146 il compte 1462 victoires pour 4257 courses, dont 502 dans le dernier tour. Les Romains étaient de grands sportifs, et probablement de grands bookmakers. Les statistiques sur les courses sont étonnamment précises. Ses gains, primes de courses, de victoire, de transfert, s'élèvent à 35 863 120 sesterces, plus que l'héritage de Néron évalué à 30 milliards. Selon le professeur Struck, de l'Université de Chicago, cela représenterait 15 milliards de dollars actuels.

Lusitanien, illettré, il se fait remarquer dans une émission de téléréalité sur la chaîne publique Roma Uno. Il se distingue dans les épreuves physiques par son courage, sa vivacité, son agilité et son torse épilé. Avant même l'émission finale il est embauché par l'une des quatre écuries de courses de chars qui assuraient le spectacle devant les 250 000 spectateurs du Circus Maximus de Rome. Il a 18 ans et prend part à ses premières courses. L'apprentissage dure six ans. A l'âge où d'autres stars du circuit comme Fuscus, Crescens, ou Aurelius Mollicius sont déjà mortes piétinées ou encastrées dans un plot de virage, Dioclès commence à enchaîner les victoires. Il en profite pour monnayer sa gloire et s'engage chez les Verts pour trois ans. Sa fortune grossit. C'est une vedette dont les victoires animent les discussions dans les maisons de supporters que les écuries ouvrent dans les villes reculées de l'Empire. Dioclès achève sa carrière, unusuellement longue, par quinze ans chez les Rouges.

Ce n'est pas l'inventeur du cissoïde de Dioclès.

mercredi 3 novembre 2010

Le destin de Jean-Philippe Derenne

Un jour, Jean-Philippe Derenne est entré dans la chambre avec dans un sac, une bouilloire, des sacs de congélation, un Tupperware et des ingrédients coupés en petits morceaux, enveloppés dans des sacs plastiques hermétiques, de quoi faire une dorade royable en meurette. Il a discuté avec la femme couchée sur le lit d'hôpital, sa compagne de vie. Et puis, comme s'il s'agissait de l'acte le plus banal, il a trempé les petits sacs de plastique dans l'eau bouillante. Il s'est assuré que Jacqueline serait bien nourrie un jour de plus. C'est qu'on mange mal à l'hôpital dans un service de cancérologie.
Jean-Philippe Derenne a été un médecin respecté, chef du service de pneumologie-réanimation dans le plus grand hôpital parisien. Il a publié dans les meilleures revues scientifiques et accompagné Marcello Mastroianni dans la mort. Il a aussi publié plusieurs livres de cuisine et un album de comptines.
Pour embellir le quotidien de sa femme malade il invente cette drôle de façon de cuisiner, sans contrainte. Il l'explique dans un livre "Cuisiner en tout temps, en tout lieu".
Sa femme meurt en janvier 2010. Au journaliste de Libération, il dit : "Je voulais partir avec elle. Elle m'a dit de rester pour écrire des livres."

Source : Revue XXI, n°12

dimanche 24 octobre 2010

Le Destin de Joseph Caillaux


Joseph Marie Auguste Caillaux nait au Mans le 30 mars 1863. Son père, parlementaire royaliste, fut ministre des finances. Joseph réussit de brillantes études, quoique échouant misérablement à l’entrée de Polytechniques. Il entre à l’inspection générale des finances en 1888. Dix ans plus tard il débute sa carrière politique au centre droit parmi les républicains modérés. Dès lors, il influencera la vie politique française pendant 40 ans, toujours plus ou moins député, ministre des finances, président du conseil, ou sénateur.

Grand réformateur de la fiscalité. Il porte à partir de 1907, un projet consistant à remplacer les quatre impôts créés pendant la période révolutionnaire (dont le fameux impôt sur les portes et fenêtres), par un impôt progressif sur le revenu global sur le modèle allemand complété par des impôts proportionnels et indépendants pour chaque catégorie de revenus sur le modèle britannique. Il se heurte notamment à l’hostilité du sénat. Il faudra attendre 1914 et le besoin de financement de la grande guerre pour que l’impôt sur le revenu proportionnel soit adopté.

En 1911 il est nommé président du conseil. Pacifiste, libre-échangiste, il se lance dans des négociations avec l’Allemagne. Il s’y prend mal. Ses tractations secrètes sont révélées. Il les nie. Un accord est signé sans lui. Celui lui coûtera très cher.


En 1914, Gaston Calmette, patron du Figaro lance une campagne de presse violente contre sa politique. Les choses dérapent. Des lettres personnelles sont publiées. L'une d'elles va démontrer qu'Henriette, la seconde femme de Caillaux, entretenait une relation adultère avec ce dernier avant leur mariage. En conséquence, elle se rend dans le bureau du dirigeant de presse, sort un revolver de son manchon, tire six balles (dont 66% atteignent leur cible) et le tue. Caillaux est contraint de démissionner, mais les ennuis ne sont pas finis.

En 1918 Caillaux est arrêté, jugé et condamné en 1920 pour «intelligence avec l’ennemi». On lui reproche sa volonté constante de rapprochement avec l’Allemagne. Lors du procès, les choses se dégonflent. Il est finalement condamné pour l’«aide involontaire» à l’ennemi par ses prises de position politiques. Trois ans d’emprisonnement et privation de ses droits civiques.
Il quitte Paris et revient en 1924 après la victoire du Cartel des gauches. Il est amnistié en 1925. Sa carrière reprend, avec quelques séjours comme ministre des finances. A la fin des années 30, il occupe au sénat le poste clé de Président de la commission des finances.

Le 10 juillet 1940 il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, qu’il avait fait refuser à Blum en 1935.

Il meurt en 1944, presque oublié.

mercredi 22 septembre 2010

Le destin d'Hypatie

Dans la Grèce antique, le Mouseîon était un temple consacré aux Muses, divinités des arts (c’est l’origine du mot musée). A Alexandrie il était intégré à l’université. C’est là que grandit Hypatie vers 370 après JC. Son père, Théon d’Alexandrie, en est le dernier directeur. Mathématicien et philosophe, il initie sa fille qui montre très vite une intelligence supérieure, et l’envoie à Athènes achever sa formation intellectuelle. De retour dans sa ville, elle s’impose comme la plus importante de ses philosophes : elle écrit sur les mathématiques et l’astronomie, enseigne les thèses néoplatoniciennes, forme les élites de la ville comme Synésios de Cyrène qui deviendra évêque de Ptolémaïs et a l’oreille du préfet romain Oreste. Celui-ci devait se poser bien des questions en cette période de bouleversements profonds.

En 395, à la mort de Théodose 1er, l’empire romain est définitivement divisé en deux. L’empire romain d’Occident vacille, il disparaîtra en 476. Le christianisme se répand à grande vitesse, gagnant les masses aux messages des évangiles, supplantant les anciens dieux. En 415, Alexandrie vit des tensions entre communautés religieuses. Hypatie est athée. La colère gronde contre elle.

Femme libre, d’une intelligence écrasante, Hypatie a l’oreille du préfet qui tente de résister aux volontés de pouvoir séculier du patriarche d’Alexandrie. Elle est vite identifiée comme un obstacle aux ambitions des Chrétiens. Jean de Nicée résume au VIIème siècle l’acte d’accusation : «En ces temps apparut une femme philosophe, une païenne nommée Hypatie, et elle se consacrait à plein temps à la magie, aux astrolabes et aux instruments de musique, et elle ensorcela beaucoup de gens par ses dons sataniques. Et le gouverneur de la cité l'honorait excessivement; en effet, elle l'avait ensorcelé par sa magie. Et il cessa d'aller à l'église comme c'était son habitude....».

En mars 415 des moines fanatiques, menés par un certain Pierre le lecteur, décident d’en finir. Socrate le Scolastique raconte : « Ils guettent Hypatie qui rentrait chez elle : la jetant hors de son siège, ils la traînent à l’église qu’on appelait le Césareum, et l’ayant dépouillée de son vêtement, ils la frappèrent à coups de tessons ; l’ayant systématiquement mise en pièces, ils chargèrent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantirent par le feu.»

Hypatie meurt à 45 ans, lapidée par des Chrétiens dans une église. Il ne reste rien de ses travaux, tous brûlés lors de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Si l’on en croit sa légende, elle est morte vierge.

Rien, pas tout à fait. Il se dit que Raphaël l’a peinte dans une première version de L’école d’Athènes. L’apprenant, un cardinal, aurait demandé qu’elle disparaisse. Prudent, Raphaël l’aurait effacée, mais s’en serait inspiré pour la figure efféminée du neveu du pape. Infime revanche de l’art et de l’intelligence sur l’obscurantisme religieux.


Le film «Agora» raconte lourdinguement sa vie.

mercredi 7 juillet 2010

Le destin de Stéphane Hessel

Un homme de 92 ans regarde "Jules et Jim", le film de Truffaut. Je me demande quelles sont ses émotions. C’est l’histoire de ses parents.


Stéphane Hessel est né à Berlin. Il découvre Paris avec ses parents en 1924, devient Français en 1937. Dès ses années d’étudiant il s’engage à gauche, manifeste, castagne dans les rues avec les Croix de Feu et les maurassiens.

Il est mobilisé en 1939, fait prisonnier, s’évade, rejoint le général de Gaulle à Londres en 1941, sert dans la Royal Air Force comme navigateur dans les bombardiers. En 1944 il rentre clandestinement en France pour une mission d’espionnage, découvert il est capturé. Pour résister à la torture il se récite des poèmes en Français, en Anglais ou en Allemand. Sur cette expérience il écrit : « Le corps joue sa partie, l’esprit la sienne. Ecoeurement dans les régions du plexus solaire, sueur aux tempes, tournoiement loufoque des sensations… ».

Il a 27 ans à la fin de la guerre, présente un concours pour entrer dans la diplomatie française et finit à New-York, au siège de la jeune ONU. Comme executive officer il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il poursuivra sa carrière dans les arcanes de la diplomatie, s’offrant un détour par le gouvernement de Mendès France en 1954-1955. Il promeut l’idée d’un conseil des sagesses sous l’égide de l’ONU faisant appel aux sagesses populaires qui n’ont pas été détruites par la rationalité industrielle.

De la même manière, la poésie permet peut-être au vieil homme d’accéder à une autre forme de connaissance. Il dit : « Quand je m’ennuie, dans le métro ou dans l’autobus, je me dis : « Tiens, je vais retrouver un petit poème de Baudelaire. » Et je me le récite en me demandant : « Est-ce que ça va durer jusqu’à la prochaine station ? » C’est un plaisir un peu futile. » Est-ce bien certain ?

Source : Entrevue avec Stéphane Hessel, XXI, N°11, été 2010

jeudi 24 juin 2010

Le destin de Jack Sharpe

Août 1945, un homme sort de la prison de Outram à Singapour, squelette couvert d’un voile de peau. Il pèse 25 kilos. Je ne sais pas ce qu’il ressent.


Jack Sharpe est le plus ancient prisonnier de la prison. Il débarque à Singapour quelques jours avant l’invasion japonaise. Capturé il est envoyé en Thaïlande pour construire la fameuse ligne de chemin de fer de Birmanie, plus de cent mille morts (dont 16 000 soldats alliés). Il tente de s’échapper, est repris, jugé et envoyé à la prison de Outram. Il y restera deux ans.

En août 1945, Jack Sharpe s’avance, ses gestes sont lents, douloureux. Il titube. Il passe les grilles et s’effondre. Je ne sais pas ce que ressent Jack Sharpe à ce moment précis, mais je sais qu’avant son procès pour évasion il avait juré qu’il vivrait pour voir le Japon se rendre, et qu’il sortirait de la prison sur ses deux pieds.

Je ne sais pas ce que ressent Jack Sharpe à ce moment précis, mais son sourire... Jack Sharpe est mort à l’âge de 88 ans.

vendredi 18 juin 2010

Le destin de Maxime Weygand

En 1940, alors que l'armée allemande a enfoncé l'armée française et menace le territoire, le commandant suprême de l'armée française, Maxime Weygand mobilise une partie de ses soldats à Paris pour éviter une révolte communiste. Souvenir de la commune de 1871 et brillant choix stratégique.


Ce militaire royaliste finira ministre de la guerre de Pétain, puis Délégué Général en Afrique française où il fera appliquer les lois de Vichy avec un zèle militant. A la fin de la guerre, il est arrêté et interné pour collaboration. Il sera libéré en mai 1946, obtient un non-lieu sur tous les chefs d'accusation en 1948 et est élu à l'académie française.

Il meurt en 1965. Il a 98 ans et milite encore pour la réhabilitation de Pétain.

Les titres de ses oeuvres qui lui ont valu l'immortalité littéraire, laissent sourdre les obsessions du bonhomme : "Le Maréchal Foch", "Turenne", "Le 11 novembre", "Histoire militaire de Méhémet-Ali et de ses fils", "Comment élever nos fils", "Histoire de l'armée française", "La France est-elle défendue ?", "Foch", "Le général Frère", "Forces de la France", "Et que vive la France !", "En lisant les mémoires du Général de Gaulle", "L'Arc de Triomphe de l’Étoile", "L'Armée à l'Académie"

samedi 12 juin 2010

Le destin de Marie Marvingt

En 1908 une femme appuie sur les pédales de son vélo de course sur les premiers contreforts d’un col des Alpilles entre Grenoble et Nice (6ème étape, 345 km). Je ne sais pas comment elle est habillée. J’imagine qu’elle porte un short, des collants et un gilet de laine près du corps comme les hommes qui l’ont précédée. C’est que sa demande de participation au Tour de France n’a pas été retenue, course réservée aux hommes. Elle a donc décidé de faire le même parcours qu’eux partant juste avec du retard.


Marie Marvingt a alors 33 ans. Elle brille en natation, au polo, au tennis, en gymnastique. C’est l’une des meilleures alpinistes du début du vingtième siècle, l’une des premières femmes à obtenir le permis de conduire. Pionnière de l’aviation, elle décroche 17 records mondiaux, invente l’avion sanitaire en 1910. Elle passera quatre brevets : avion, ballon, hydravion et hélicoptère, ce dernier à 82 ans.

En 1963, Marie Marvingt parle sept langues, dont l’esperanto, mais elle rate toujours ses œufs mollets. Le lendemain de sa mort le Chicago Tribune titre : « La femme la plus extraordinaire depuis Jeanne d’Arc ». Laquelle est morte sans un sou.

mercredi 2 juin 2010

Le destin de Ryszard Siwiec,

Le 8 septembre 1968, dans un stade de 100 000 personnes réunies pour la fête des moissons, devant le gouvernement de son pays et des diplomates étrangers, quelques instants après la fin du discours de Gomulka, alors que des danseurs en costume tournoyaient dans la danse traditionnelle polonaise, Ryszard Siwiec verse sur ses vêtements un bidon d'essence, craque une allumette et s'embrase.

La scène est saisie par la télévision polonaise. Dans les journaux Siwiec sera présenté comme un déséquilibré mental. L'information mettre deux mois pour être diffusée en Tchécoslovaquie.



Siwiec proteste contre le processus de normalisation qui a suivi le printemps de Prague. C'est le premier à se livrer à un tel geste qui peut-être inspirera Palach et Zajic. Comptable, professeur, père de cinq enfants, l'homme de 59 ans mourra quelques jours plus tard à l'hôpital de ses blessures. Vaclav Havel, président de la République Tchèque le décorera en 2001 de l'ordre Tomáš Garrigue Masaryk, créé en 1990 pour récompenser les personnes ayant apporté une contribution particulière à la démocratie et les droits de l'homme.
La famille de Siwiec refusera par ailleurs la décoration décernée par Kwasniewski en raison du passé communiste du président polonais.

En contrepoint, deux citations pour finir d'un petit livre qui m'a profondément marqué, le carnet de Jan Zabrana, intellectuel, écrivain, traducteur, opposant et ajusteur-mécanicien tchèque (1931 - 1984).

"Plus on est mort plus on est apprécié. Par le régime dans lequel je vis. Plus on est rassis, desséché, éreinté, désarmé - plus on est acceptable. Priorité aux calvities. Priorité aux varices. Priorité aux dentiers. Avec tout ça, on peut espérer un prix"

"Pourquoi ne me suis-je pas pendu avant-hier, pourquoi est-ce que je continue à végéter dans l'encerclement de ces gorilles, de ces troglodytes survivant de siècle en siècle..."

Jan Zabrana, Toute une vie, Allia

samedi 29 mai 2010

L'étrange vie de Dick York


La carrière de Dick York est lancée lorsque Elia Kazan l'engage pour jouer dans sa pièce "Tea and Sympathy". Il débute au cinéma en 1955, enchaîne films et séries TV. Un chariot de train lui fracasse le dos alors qu'il tourne "Ceux de Cordura" avec Gary Cooper et Rita Hayworth en 1959. Il se soigne, reprend les tournages dont, à partir de 1964, le rôle qui le rend célèbre : le mari dans "Ma sorcière bien aimée". Mais en 1969 il se blesse au dos lors du tournage. Constamment sous analgésiques il n'est plus capable de tourner. Son rôle est allégé, mais l'audience en pâtit. Il est remplacé. Dès lors sa vie se résume à une tournée des hôpitaux et des drogues. Il retrouve les plateaux, un peu, dans les années 80. Cependant suite à des investissements financiers peu avisés, il finit ruiné, et vit de l'aide sociale. Il milite alors pour la condition des sans-abris. Cloué au lit à la fin de sa vie il poursuit la lutte. Il meurt en 1992 d'un emphysème. Sa femme, Joan, sera restée près de lui toute sa vie.