Affichage des articles dont le libellé est La vie et autres inconvénients. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La vie et autres inconvénients. Afficher tous les articles

mardi 6 août 2013

Promenade à Pointe Saint-Charles - Montréal


Pointe Saint-Charles. 



Si l’on distillait le quartier ceint par les rues Wellington, Sébastopol, et par l’avenue Ash, il resterait le train. Il en structure la topographie : une presqu’ile, délimitée par des voies ferrées. Il s’agit là d’un nœud ferroviaire important : un croisement vers l’Ouest, le port, le pont Victoria et la gare voyageurs de Montréal. Il occupe un vaste territoire au Sud des bassins Peel depuis qu’en 1853 la compagnie de chemin de fer du Grand Tronc a acheté un terrain à la métairie des sœurs de la Congrégation. C’est qu’avec « l’achèvement du pont Victoria en 1859, ces installations contribuent à faire de Montréal l’une des plaques tournantes du transport ferroviaire en Amérique du Nord », comme me l’apprend le site de patrimoine Montréal. Remarquez les termes « contribuent » et « l’une des plaques » qui témoignent d’une certaine humilité.
Sur une carte les rails dessinent des lignes droites parallèles, qui finissent par converger et puis se ramifient ; des courbes élégantes qui connectent les grands axes. Vu du sol, cela ressemble à un gigantesque terrain vague, où poussent les herbes folles, avec à l’horizon la ligne des grattes ciel de la City.
Les trains circulent. Fenêtres ouvertes, ils s’invitent chez vous. Ca gronde, ca racle, ca grince. Des cloches tintent de temps en temps.  Et l’on comprend à la longueur des cris du métal, à l’absence de rythme, que les convois sont lents et pesants.






Les déambulations dans ses rues racontent l’histoire d’un quartier ouvrier fournissant en main d’œuvre les industries du canal Lachine, son déclin et sa timide revitalisation qui donne à espérer aux jeunes familles, avant-gardes de la gentrification, qui retapent les petites maisons ou à celles qui investissent dans les îlots de condos rutilants, un joli coup financier, dans dix ans….. enfin vingt ans, si tout va bien. Des bureaux de vente pour de futurs développement laissent croire qu’ils ont peut-être raison.



Les bâtisses, deux étages en briques s’alignent, identiques deux à deux souvent. Architecture classique des quartiers ouvriers sur un modèle anglais. Sur la rue Sébastopol, un ensemble de maisons à deux étages, toitures à deux versants et façades sans ornements. Au dessus du renfoncement qui accueille les seuils, des fresques rappellent des scènes de travail ferroviaire, dans un style qui lorgne vers le réalisme socialiste. L’ensemble fait aujourd’hui partie du patrimoine de la ville de Montréal, laquelle prend grand soin de les préserver : car « Ceprojet de la rue de Sébastopol introduit ce type de logements superposés àMontréal et est l’un des précurseurs des habitations multifamiliales quicaractérisent plusieurs quartiers populaires de la métropole. »


Les bâtiments en pierres apparentes, imposants, majestueux, sont les anciennes banques et les lieux de culte. Le poteau téléphonique dressé devant l’Eglise Méthodiste Unifiée vu sous un certain angle, prend des airs de clocher. On imagine les quelques maisons plus cossues, propriétés des contremaitres ou des industriels.





Fréquemment, des passages donnent accès aux jardinets à l’arrière, agréables sous les ormes matures qui en ont vu des braillards, des avinés, des engueulades, des paires de bouffes et des baisers, et assistent à présent sur toujours plus de parcelles à l’épanouissement familial par barbecue et trampoline.
Au fond de quelques couloirs encombrés que révèle le regard indiscret, sont tapis dans des bric à bracs d’antiquaires des vieux parcheminés aux teins de nicotine. (On en croise certains tôt le matin : vieille femme sèche en robe de chambre peluchée bleu poudre ; souvenir de cheminot confit de gras, en marcel).


Parmi l’inventaire classique de petites voitures familiales, plus ou moins jeunes, plus ou moins japonaises, des quartiers populaires, on croise dans les rues de vieilles gloires automobiles : une Mercedes de troisième main aux lignes d’avant le bio-design, une Audi retapée au duct tape, une Cadillac qui a connu l’essence cheap ; et puis une Porsche, pas toute neuve, mais quand même.



Le dépanneur au coin du parc des Cheminots a changé de propriétaire. Il s’appelle aujourd’hui Yanpeng. Google n’est pas à jour : l’affiche encore sous le nom de « dépanneur Gong ».

 


En périphérie, le long des voies, des bâtisses basses sont consacrées aux activités industrieuses. Hangars, ateliers, décrépissent dans le souvenir d’une économie défunte. Symbole de la mutation des âges, on y trouve deux lieux du prolétariat touristique : le stationnement de bus amphibies, ainsi qu’un garage à carrioles et chevaux appareillés. Tous ces équipages regagnent le Vieux Port au matin. Belle, grande jument indifférente, met 40 min. à l’aller et 32 au retour.  






Au Sud Est du quartier, se trouvent des bâtiments de sous-traitants dans l’entretien des trains. Le centre du CP est à quelques centaines de mètres plus à l’Ouest. La comparaison d’une carte de 1859 accessible sur la page Wikipedia de l’entrée « Pointe Saint-Charles » avec la vue satellite Google Maps amène à conclure qu’ils occupent l’emplacement des bâtiments construits à l’origine par la Grand Trunk. Et plus encore qu’ils occupent, parmi d’autres, un bâtiment d’origine, construit de briques rouges, fenêtres larges et ouvragées des cathédrales industrielles, aux proportions de brontosaure endormi (enfin tel que je les imagine, et dans la mesure où l’image est pertinente pour rendre l’idée de longueur). Et puis de nombreux bâtiments semblent vides, abandonnés aux herbes folles, derrière des grilles. Quelque chose a manifestement changé dans l’industrie ferroviaire.


Le bâtiment de la RB&C est remarquable. Par un souci d’économie qui l’honore, probablement convaincue qu’elle n’accueillerait là un ministre et ses médias, et probablement décidée à investir dans la qualité de sa mission d’entretien des voies, l’entreprise s’est inscrite dans une démarche de simplicité volontaire. Aspect le plus visible pour le promeneur : la modestie de la signalétique. Laquelle est un recyclage des restes de l’occupant précédent. Sur les panneaux « visiteurs », une couche de peinture s’emploie à effacer le nom d’« Alstom », une compagnie concevant et fabriquant des trains. Mais deux détails donnent à l’effort un côté broche à foin a priori peu compatible avec une activité industrielle de précision : le reste du panneau porte toujours les couleurs distinctives de l’ancien propriétaire des lieux ; et le nom, étant embossé, est révélé par son relief. Au dessus de la porte d’entrée le décorateur de RB&C a collé une plaque avec le logo de l’entreprise et son numéro de téléphone. Un second panneau représentant une locomotive vue de face, avec dans un coin, des étoiles très états-uniennes, a été ajouté à la va-vite, sans réussir tout à fait à couvrir l’ensemble du logo d’Alstom. Les indications pour le nouveau stationnement visiteur sont peintes en noir sur dans un style art brut de signalétique directionnelle, qui selon toute probabilité ne leur a pas coûté cher. Tout semble fait pour que l’on ressente la structure du coup de pinceau qui inscrit le geste dans une volonté originelle, pré-industrielle, ni édulcorée, ni manufacturée. Ce parti pris esthétique peut séduire certains.






La rue Sébastopol comme un résumé : ses maisons ouvrières pimpantes, ses entrepôts décatis, son vieil asphalte craquant, creusé de longues flaques, ses ruines, ses grands arbres, le mur de verdure foisonnante, piquée de lys et de campanules, qui la sépare des voies, rognant peu à peu la rue, découvrant dans des trouées la silhouette lointaine de la City.







Quel beau quartier ! On y sent quelque chose de la ville d’avant. Celle de l’industrie, de l’ouvrier et de la lutte sociale. Allez y faire un tour, avant que cela ne devienne comme la plupart des quartiers des grandes villes, un rack à travailleurs du tertiaire.

mardi 25 décembre 2012

Promenade de Noël

Promenade de fin de journée de Noël. Douce. 
Le parc sous la neige. Le froid qui grignote les joues, quand le reste du corps est bien au chaud.


Et Waldemar Bastos dans les oreilles. Doux je vous dis.

dimanche 29 juillet 2012

Il était une fois dans l'Ouest


Tout est vrai, a été vu ou pensé. 


Volcano, le Yamaha 750, a stridulé une dizaine de secondes, a hoqueté au bout de son effort alors que son pilote à grands coups de reins tentait de gagner quelques centimètres, et puis il s'est tu et immobilisé : à 199 pieds de la ligne de départ. Résultat inattendu qui le place en tête du concours général, lui, l’un des cinq concurrents engagés pourtant dans le repêchage du concours de tire de tracteurs à gazon modifiés (5$ / adulte, 12 ans et moins 3$). Le public applaudit avec un certain enthousiasme, le pilote lève les bras en V. Je me demande quels sont les liens entre le classement général et le repêchage. J’avoue ne pas comprendre.

Sous le grand chapiteau blanc, si proche de l’aréna que les toilettes de cette dernière sont réquisitionnés, une DJ country, qui calle les styles avant de lancer les disques. Les gens s’alignent, et dansent avec sérieux pour la plupart, avec de l’attitude pour certains. La dame en bleu a le western latino, matiné de salsa ; sa voisine, chemisier blanc, jupe bleue clair, le western angoissé, balai dans le cul, cerveau employé à ne pas se tromper. Elle attire moins le regard que l’autre. Ce qui n’est peut-être pas son objectif. Certains sont là en groupe, comme si une école de danse avait débarqué en bus. Pendant une chanson, ils font sécession dans un coin du plancher, se lancent dans une interprétation burlesque, (mouvements classiques western perturbés de jambes en l’air style cancan), sans qu’un message ne se dégage clairement. Peut-être ne cherchaient-ils qu’à s‘amuser. Le main stream s’en fout.

Le style Footloose me parait country-fusion disco, énergique, varié, mais pas particulièrement élégant. Notez qu’il s’agit là d’un avis de néophyte, plus que de connaisseur ou d’esthète.


Dans la rue qui remonte vers l’église, sous l’une des tentes bâchées aux faux airs d’abris Tempo, entre un commerce de vêtements péruviens en acrylique et un revendeur de tee-shirts, un auteur-compositeur-interprète a installé son stand. Vend ses disques. Sa musique fait nappe quand on passe devant, comme un brouillard sonore. Cela sonne western croisière pour veuves de l’âge d’or, quelque chose entre Frédéric François et Normand Lamour.


Dans un Ford Econoline qui a connu Reagan, une femme se fait tatouer. On ne voit que ses épaules bronzées, sa peau fripée de trop de soleil pendant trop d’années. On entend le grésillement des aiguilles. Elle aurait tout aussi pu se faire piercer.

Les jeunes gars, des locaux manifestement, sont tout énervés, Bud à la main, Stetson en paille. Les plus baraqués sont torse nu. Sont aussi les leaders. Sont suivis des yeux, montrés du doigt par des vieilles qui les reconnaissent, ou par des filles, habillées court, qui aimeraient les reconnaître. Dans la gang, les autres, plus maigres, nez longs, filasses, suivent avec des allures de queue de comète.

A l’ombre du kiosque d’accueil un jeune couple présente à ses amis son premier né. Le groupe fait corolle autour de la poussette. Le père a un tee-shirt. Trente minutes plus tard, il file dans une rue secondaire avec un vieux chum, pousse presqu’en courant le carrosse. Il a tombé le tee-shirt et se promène poitrine au vent.

Une fille magnifique n’a pas encore d’enfant.

Tout en haut de la côte, dans le saloon aux faux airs de salle communale, un spectacle permanent. De loin la voix laisse imaginer un karaoké. L’effet de la distance sûrement. Derrière les portes à battants, les tables ont la forme de guitares Stratocaster aux manches sciés, les sièges viennent de l’école, et un couple d’artistes (voix-guitare-ordi), tout ce qu’il y a de plus officiellement au programme, chante du Shania Twain, en moins sexy.

Devant le bar, une cowgirl petite, fripée, et un peu saoule, jupette, camisole, et nœud qui tient le chignon, croise un groupe en discussion ; dont un homme vêtu d’une chemise illustrée de quatre têtes de chevaux sur fond de coucher de soleil. Portée hors du pantalon, la chemise est longue, couvre les fesses. Suit un dialogue qui finit par cet appel vigoureux de la vieille : « Et relève la donc, qu’on voit ce que valent les fesses ! ». Ce qui fut fait et abondamment commenté par le groupe. Je me demande quelles étaient leurs intentions. Se peut-il qu’ils n’aient voulu que plaisanter ?

Isabelle a vu un homme incliné devant la statue du Christ, en contrebas de l’église, il semble se repentir, demander pardon pour son ivresse. Il a les mains jointes. Il tient sa bite. En fait il pisse.

Sous la tente de danse, à présent, un duo à guitares et ordi interprète Comfortably Numb des Pink Floyd, avec intégrité, sans accentuer la dimension country de l’œuvre. Pendant les efforts de son compère pour maîtriser le solo ainsi que les distorsions du système de son, le bassiste plaisante au micro avec l'assistance. Le parterre est quasi-désert, sans que je puisse décider de ce qui est cause ou effet.


Enfin un constat : dans la foule du festival les gougounes l’emportent sur les bottes à talons biseautés ; les calvities, les permanentes bleutés et les coiffures de mouffettes sur les Stetsons ; les tee-shirts sur les chemises à carreaux ; les shorts bariolés sur les jeans ; les caleçons apparents sur les boucles de ceintures chromées. Les cravates western sont rares. Entre les Harley stationnées, se dresse un scooter Piaggio. Un seul homme porte un révolver à la ceinture, un jouet en plastique. Il danse et ne semble pas menaçant.

Pour la plupart les gens ont l’air de beaucoup s’amuser. Beaucoup ont un peu trop bu. Ce festival western est décidément un truc de spécialistes.

dimanche 17 juin 2012

Serpent de mer échoué sur une page

C'est un vieux projet, comme un serpent de page. Le scénario est écrit (quelques trucs à ajuster), mon frère a testé des trucs, dessiné plusieurs pages, encré deux ou trois, et peinturluré une. Là voilà. La première.

Je donne ça à Thibault : 
"Première guerre mondiale. Le front, la nuit.
La lumière de la pleine lune dessine un relief sinistre, des trous d’obus, des amoncellements de boue d’où pointent des piquets enrubannés de barbelés, des bâtis de bois désossés. Et les ruines d’une ferme.
Deux soldats allemands font leur ronde. Détendus. Le front s’est visiblement éloigné. Pas mécontents de leur chance, ils marchent côte à côte, en silence, chacun perdu dans sa fatigue hallucinée. Les fusils à l’épaule, le dos courbé, le regard au bout de leurs bottes. Ils s’approchent des ruines, sans intention aucune, lorsque, soudain, un bruit. Un cri dans une grande bâtisse éventrée, au toit à moitié effondré. Ils s’arrêtent. « Was ist das ? ». Réflexes de soldats, immédiatement. Se collent aux murs, fusil à la main. La crainte de nouveau dans leurs yeux.
Se couvrent mutuellement ils pénètrent dans l’obscurité de la ruine. Lentement, que leurs regards s’habituent. De nouveau des cris, un halètement. Un son qu’ils connaissent bien, incongru en cet endroit. Se jettent des regards de surprise. Mais toujours la même prudence. L’un d’eux, protégé derrière un pan de mur à moitié effondré sur une cheminée risque un œil. Il remarque d’abord la capote de laine bleue et le Lebel, posés contre une table qui émerge d’un amoncellement de briques et de planches, et puis au second plan dans un coin de la pièce, le dos d’un homme, fesses nues, pantalon sur les chevilles qui fait l’amour à une femme, cachée dans l’ombre. On ne voit que ses genoux qui saillent et le bas de ses cuisses, happées par la noirceur. Ses cris de plaisir.
Les soldats allemands quittent leurs caches, deux ombres.

Une autre nuit, ailleurs, la même peut-être, qu’importe. Un lit simple sous un crucifix de bois d’où pend un chapelet. Une couverture épaisse, de larges oreillers confortables. Une jeune femme dort."

Et il fait ça :




vendredi 8 juin 2012

Dans la rue aujourd'hui. Un homme, habillé de noir, avec sa canne blanche cherche sa route. Il dégage une sérénité saisissante. Nous lui servons de guides. Il nous dit qu'il travaille pour un restaurant tenu par des aveugles dans lequel les clients mangent dans le noir. Il aime l'expérience. Depuis peu il est juste à temps partiel. Il travaille à la sandwicherie, qui fonctionne en plein jour.
C'est que l'homme n'est pas totalement aveugle. Mal voyant en fait. "Je suis un grosses lettres". Son cerveau ne s'est pas construit pour compenser l'absence d'informations oculaires. Du coup il est moins performant dans le noir, moins productif pour son employeur.
Sans acrimonie, il conclut : Drôle de paradoxe.

dimanche 18 mars 2012

Cette nuit j'ai rêvé que la lune était faite de pâte à crêpes et que les astronautes cuisaient des galettes sous leurs semelles en y marchant dessus.

La caisse tunée de Napo

Conçue pour virer à 90 degrés sur les champs de bataille ou se transformer en couchette. Avec des roues inclinées pour mieux rouler sur des routes concaves ou convexes. Un prototype ravageur.






mercredi 14 mars 2012

J'ai trébuché dans une fissure spatio-temporelle

Quand ton ordi enregistre des documents que tu viens de transférer avec pour date de modification : "demain", la notion de linéarité du temps se fissure. Et bizarrement tu te rends compte que t'y tiens à cette histoire de linéarité du temps.

jeudi 23 février 2012

Demain est le premier jour de la suite de ta vie

Aujourd'hui j'ai tiré une balle de plus dans le cadavre froid de ma jeunesse. Lequel est long à se décomposer.

jeudi 9 février 2012

Un bracelet abandonné comme un bouquet qui flotte

Pendant une session un jeune québécois a loué une chambre dans un appartement à Paris. Avait laissé à Québec sa blonde. Il venait étudier le droit. Il me semble qu'il a dû l'apercevoir de loin.

Ce matin en allant me doucher dans sa salle de bain, j'ai trouvé, abandonné sur le rebord de la fenêtre qui ouvre sur la cour, un bracelet de fils tressés multicolores. Quelque chose de vaguement brésilien, dont le fantasme d'une subordination à un quelconque serment amène le porteur à supporter la laideur.

Avant de repartir pour le Québec, entrant je l'imagine dans sa dernière douche, il a, sans rien couper, défait le bracelet, avant de le déposer dans un coin, puis de l'oublier, l'esprit lavé sous l'eau chaude, l'esprit propre et tourné vers son futur.
Alors je me suis dit : Et s'il s'était trop exposé au soleil, sans l'ombrage de ses cours de droit ? Et si le bracelet avait dessiné sur sa peau une mince ligne blanche ? Et si sa blonde le questionnait sur cette trace mystérieuse ?

Je l'imaginai contemplant le dessin comme un prisonnier guette avant que la porte ne se ferme, au dernier instant, la mince ligne de lumière qui bientôt disparaîtra.

mercredi 28 décembre 2011

Ah les mots d'enfants

"Tiens Tonton tu pourras manger les miettes de mon gâteau !"

Et en final du même repas :

"La famille sur le départ, les parents : Si tu veux tu peux garder la sucette pour demain, comme ça tu te souviendras de Tonton en la mangeant.
- Je vais la manger tout de suite et je me souviendrai quand même de Tonton demain."

mercredi 7 décembre 2011

De la psychologie générationnelle et de Frankenstein

Appris aujourd'hui (merci Isabelle) :
Les ovules sont formés chez le foetus. Ils seront dépensés au compte goutte pendant la période de fécondité. Dit autrement : la moitié du patrimoine génétique de la petite fille est fabriqué par la grand mère. Chez les gars en revanche, les spermatozoïdes sont fabriqués au fur et à mesure.

Entendu lors d'une discussion avec un déménageur :
- Moi : T'as combien d'enfants ?
- Le déménageur : Une petite fille. Elle a deux ans.
- C'est sympathique à cet âge là. Ca apprend vite.
- Oui c'est incroyable.
- Tu imagines si on continuait à apprendre à ce rythme toute notre vie ?
- Oui, on serait des petits Frankenstein.

dimanche 6 novembre 2011

10 + 1 choses sur les Bermudes

1. Les Bermudes sont un des archipels les plus densément peuplés de la planète. Il y a des maisons partout, les parcs sont des confettis, mais la mer est immense et épaisse.

2. Le tout est très british. Mais british tropical : coloré et pimpant. Les maisons sont peintes de couleurs vives (et là tout est possible), coiffées de toits d’un blanc pur et entourées de jardins luxuriants. Il se dégage de l’ensemble une élégance joyeuse réjouissante. Dans les pubs les gens supportent Manchester, Tottenham ou Liverpool avant de s’intéresser aux sports américains. Dans les supermarchés on trouve de l’eau d’Ecosse ou d’Irlande, ainsi que du « cheddar anglais », du « cheddar néo-zélandais » ou du « cheddar irlandais ». Les trois ressemblent à des barres de plastic de couleurs différentes.

3. La seule eau douce disponible sur l’archipel est la pluie. Il n’y a pas de système public de distribution, chaque bâtiment doit être autosuffisant. Les toits sont conçus pour collecter la pluie. En pierre, peints en blanc, avec des marches qui freinent l’écoulement, ce qui leur donne un profil de pyramides à niveaux, un petit muret en bas de la pente orientant la flotte vers les conduits qui aboutissent dans les réservoirs sous-terrains. Comme nous l’a confié une vieille anglaise sub-tropicale : « ici quand on commence à manquer d’eau, on se rince les dents au gin ».

4. Les touristes n’ont pas le droit de conduire sur l’île. Il faut dire que rien n’est simple. Les routes sont étroites et viraillantes. La vitesse maximale ne peut pas dépasser les 45 km/ heure Pour gagner de la place, il n’y a pas de trottoir, ce qui oblige les voitures, et plus encore les bus, à se frotter aux branches des palmiers, bougainvillées et autres verdures subtropicales et amène les piétons à marcher face au trafic. La conduite demande effectivement une certaine habitude. Cette interdiction est aussi un moyen d’éviter une congestion permanente.

5. Les Bermudes sont une sorte de paradis fiscal. Dans le quartier d’affaires de Hamilton, sous les façades de verre, des banquiers en veston et cravates portent avec le plus grand naturel, le bermuda bleu marine, agrémentés de chaussettes de la même couleur montant sous les genoux et de chaussures derby noires au cirage rutilant. Les plus originaux se risquent au bermuda rose et chaussettes blanches. Que ces gens là soient au cœur du système financier mondial laisse songeur.

6. Le dollar bermudien est aligné sur le dollar américain. Sur l’île on peut payer indifféremment avec les deux. Pour éviter une extinction de sa monnaie, les Bermudes interdit à ses citoyens d’avoir un compte en dollars US.

7. Compte tenu du réseau routier, les « mopeds » sont partout. La plupart des magasins affichent sur leur porte le message suivant : « Please remove your helmet ». Cela n’est pas toujours respecté.

8. Dans les distributeurs de billets situés dans les endroits non touristiques, deux choix de langues sont proposés : l’anglais et le portugais. Les lusitaniens constituent en effet une communauté importante issue d’une vague d’immigration au XIXème siècle, début du XXème.

9. Coqs et poules vivent en liberté partout dans l’île. Les Bermudiens les considèrent comme des animaux de compagnie. Du côté de Tucker Point, les terrains de golf dont les coupes ont l’air fignolées aux ciseaux, sont envahis par ces volailles. J’en ai compté 24 sur un par 3.

10. Les prix sont très élevés, tout doit être importé. Par pudeur ou peut-être par résignation, les stations services n’affichent pas les prix des carburants, neuf dollars le gallon (environ 4 litres). En revanche, dans presque toutes, des panneaux indiquent que des distributeurs de billets sont accessibles à l’intérieur.

10 + 1. On revient des Bermudes.

mardi 23 août 2011

10 + 2 choses sur l'Abitibi


1. Il y a vraiment beaucoup d'arbres.

2. Le ciel est magnifique. Paraît incroyablement grand. Les arbres tout petits en dessous. Et l'on se sent réconforté, comme sous une couverture.

3. Les oursons commencent par lécher le glaçage quand ils mangent des brioches.

4. Dans les restaurants à Amos, les serveurs ne proposent pas d'eau embouteillée. Le robinet délivre une eau d'esker parmi les plus pures au monde. Les verres d'eau se remplissent comme s'ils étaient directement sous la source. Alors nous on a bu du vin.

5. A Spirit Lake, à une dizaine de kilomètres d'Amos, un camp d'emprisonnement a regroupé les habitants du Québec, parfois citoyens canadiens, originaires des pays contre lesquels le Royaume-Uni était en guerre pendant la première guerre mondiale. Au maximum 1144 ukrainiens, allemands, autrichiens ou turcs ont été forcés de travailler et se sont gelés en hiver dans des bâtiments en planches sans isolation. Un seul a tenté de s'évader. Il est revenu couché sur une draisine avec une balle dans le coeur.

6. Les villes ont un plan étrange. On y cherche désespérément un centre. Les maisons basses s'étalent. Tout cela est quadrillé méthodiquement, grignoté parfois par les usines ou les mines.

7. Dans la mine d'or de Val d'Or quand le mineur avait fini son shift, il passait à poil devant le préposé pour s'assurer qu'il n'emportait pas du minerai. Certains ont réussi à tricher en dissimulant de la rocaille du fond dans un espace ménagé au centre d'un savon qui se scellait en séchant. La compagnie a mis des années à s'en rendre compte. Rien n'est dit sur une technique suppositoire.

8. Pendant l'ouverture du territoire, les infirmières de colonie, véritables médecins de campagne, n'avaient pas le droit de se marier sous peine de voir rompu leur contrat avec le gouvernement.

9. L'occupation du territoire d'Amos remonte à 1910. On y accédait à l'époque dans des bateaux qui ressemblent à l'African Queen. On voit sur les photos d'époque de l'Harricana, des berges boueuses en pente douce, des bâtisses de planches d'où sortent des rampes où glissent des billes de bois vers les bateaux à étages ou les barges qui les embarqueront. Un regard rapide pourrait nous tromper, et l'on pourrait se croire sur les bords de l'Amazone. Gemellité des fleuves au delà du temps et de l'espace.

10. A l'époque quand on construisait des rues on taillait dans le bois, directement. On repoussait la frontière un peu plus loin pour assurer le développement économique et humain du territoire. Je comprends mieux le terme de "développement" que l'on utilise au Québec pour désigner les opérations immobilières. (la photo ci-dessous montre l'ouverture d'une rue à Amos dans les années 20).



10 + 1. J'ai trouvé en Abitibi un panneau de signalisation endogène très sympathique.


10 + 2. "Un pot de miel c'est comme une lavalampe mais en mieux, parce que tu peux le manger".

lundi 1 août 2011

Au commencement était l'excuse bidon

Manifestation de créativité d'Isabelle Lopez Pendant la vaisselle :

Dieu, Bouddha, Allah et Krishna sont ensemble, « comme dans la chanson de Jean Leloup » précise-t-elle. Dieu mâchonne, Krishna l’interpelle : « qu’est ce que tu mâches ?
- Presque rien, répond Dieu, juste une côtelette d’Hommes.
- Rien… rien…. Ça fait trois snacks que tu te fais, s’insurge Bouddha. On s’était dit qu’on touchait pas aux Hommes !
Voilà Dieu prit la main dans le sac. Alors pour s’en sortir :
- Ne vous méprenez pas, je suis en train de créer quelque chose….
- On a bien hâte de voir le résultat.
Alors il sortit de sa bouche la côtelette à moitié mâchouillée et inventa la femme.

Conclusion importante : depuis la femme sait qu'elle a sauvé l'homme de l'extermination.

lundi 23 mai 2011

Webdocu : "Avant l'expo"

« Avant l’Expo », le webdocumentaire de Eric Shings s’intéresse à l’évolution de la ville de Shanghaï au cours des cinq années précédant l’exposition universelle.


Les transformations ont été majeures : des dizaines d’usines détruites, des centaines de milliers d’habitants déplacés dans des nouveaux quartiers, un chantier naval devenu forêt pour le pavillon africain, ou un marché aux poissons transmué en practice de golf. Le commentaire d’un jeune joueur de golf résumé la transformation du quartier : « A l’époque c’était sale et en désordre, en passant je n’osais pas descendre de voiture, parce qu’il y avait une drôle d’odeur. C’est pour cela que ce changement est super. Avant c’était ce qu’il y avait de pire, et maintenant c’est ce qui se fait de mieux ! »

Le document est très bon. Il nous fait entrer dans la vie quotidienne dans l’antre de la ville. Il nous ouvre aussi les portes des usines, des aciéries, des chantiers navals. Vision de méthode de travail archaïques, dangereuses et probablement peu productives. Graphiquement le choix d’un écran partagé en deux films, très habilement utilisé, permet de créer un décalage plus ou moins grand dans la perception qui élargit le regard, et fait prendre conscience des détails sans jamais perdre l’internaute.


Sur le fond, il montre le croisement de trois Chine autour du chantier : la classe moyenne qui profite du boom économique, la Chine d’avant (les vieux, les ouvriers, etc.) qui ne trouve plus vraiment sa place et les paysans qui viennent sur les chantiers gagner de l’argent avant de retourner chez eux.

Et une surprise majeure : la volonté de préservation du patrimoine historique et essentiellement industriel, nouvelle en Chine, confirmés par l’architecte en chef : « c’est ce changement de mentalité qui montre si la Chine progresse ». Quand on repense à la révolution culturelle de Mao, on se dit qu’effectivement quelque chose a changé.
Dans le même ordre d’idée, j’ai été surpris de voir que certains résistaient et refusaient de vendre. Leurs maisons-clous se dressaient dans des champs de ruines. J’aurais imaginé que ce type de résistance aurait été impossible.

Et toujours une confiance incroyable dans l’avenir, dont on ne sait pas vraiment distinguer ce qui relève de l’endoctrinement, de la crainte du régime et de l’authenticité. Il faut cependant remarquer que les habitants déplacés constatent dans leurs nouveaux appartements les éléments concrets d’un nouveau confort auquel ils n’osaient pas rêver.

Et une question : Que sont devenus tous ces gravats ?

Quelques citations :
« La grande famille est plus importante que la petite famille »

« Au début les gens croyaient que c’était bien d’être ouvrier, après ils se sont rendu compte que c’était fatiguant »

« Il y a de l’argent à gagner, le parti communiste est si bon (éclats de rire) »

dimanche 1 mai 2011

La Zone : de l'utilité du Webdocu

La zone n’est pas un documentaire sur Tchernobyl, mais sur la vie dans la zone irradiée et sur la vie dans l’après-communisme de l’Europe de l’Est.



Des bribes d’histoires de vie, atmosphères des lieux : caméra posée devant des bâtiments qui capte le temps qui passe ou plutôt ne passe pas, caméra posée sur des plages au bord du fleuve qui baigne les réacteurs, caméra posée dans un bar, une boîte de nuit, une salle de billard.
Galerie de portraits saisissants. Le millionnaire qui fouille les bois à la recherche de soldats allemands pour les enterrer dignement et ainsi finir enfin la seconde guerre mondiale, le jeune couple revenu dans un village malgré l’interdiction, parce que les maisons y sont gratuites et que la campagne est un bon environnement pour élever leur fille, les trafiquants qui décontaminent le métal dans un atelier défoncé de la centrale avant de le revendre, les vieux qui meurent là parce qu’il ne peut y avoir d’ailleurs dans leur vie.

Approche impressionniste, sensorielle, travail superbe sur l’image et le son qui nous immerge plus qu’il nous raconte.
Glaçant.

Cela me rappelle l’apocalyptique roman ‘La Route’ de McCarthy. Et c’est peut-être plus fort encore.

Tout l'intérêt du webdocu : riche dans l'utilisation du multimedia, laissant à chacun la possibilité de circuler et de construire sa propre expérience de compréhension du sujet étudié.

jeudi 31 mars 2011

Da da da da da ? Da da da da ! (Mouvement de main)

Alors Coco, tu mets de l'intention dans ta réplique. De l'intention ! Si tu veux décrocher ton rôle dans les pubs Evian.

vendredi 25 mars 2011

Marketing de l'âge d'or

Idée qui m'est venue dans une réunion dans le cadre d'une intervention en politique de développement social :
A l'entrée d'une maison de retraite : "Meilleure chance la prochaine fois".
J'ai partagé l'idée. Autre proposition que cela a suscité :
Un grand panneau dans le hall : "Sorry".

Fatigue et cynisme.

jeudi 24 mars 2011

Vie en boucle

D'abord ce fut "The crawl" de Placebo.
Et puis "Disappear" de Dream Theater.

Je demande : "Qu'est ce qu'on écoute ? C'est apaisant"
Le chauffeur de taxi lève les yeux dans le rétroviseur, il sourit. M'explique "C'est un état d'esprit. Ce sont de belles paroles, même si elles sont en Anglais. C'est exactement comme ça que je me sentais à un moment de ma vie. Parfois j'aime bien écouter ça."

Même tonalité de mélancolie douce, quand on commence à se remettre d'une rupture et qu'on se laisse glisser dans les souvenirs, comme de la langue on presse une dent qui fait mal.

Il continue "C'est drôle quand j'ai fait le CD j'ai mis 12 fois chacune des chansons". Comme s'il s'était agi d'un hasard, d'un geste sans intention.

Nous continuons dans Québec, la nuit. Cherchons l'adresse. Attente devant un bar, Sébastien ouvre la porte, échanges, Isabelle monte. Repartons.

Whithout you I'm nothing : Placebo.

Au moment de descendre, je dis : "Peut-être la prochaine fois qu'on se croisera vous écouterez d'autres chansons"
- Oh vous savez j'ai d'autres chansons. Mais ce soir c'est ce que je voulais."



A day like today
My whole world has been changed
Nothing you say
Will help ease my pain
(...)
So I'm moving on
I'll never forget
As you lay there and watched me
Accepting the end
I knew you were scared
You were strong I was trying
I gave you my hand
I said it's okay letting go time to leave here
And I'll carry on
The best that I can without you here beside me
Let him come take you home

("Disappear", Dream Theater)