dimanche 29 juillet 2012

Il était une fois dans l'Ouest


Tout est vrai, a été vu ou pensé. 


Volcano, le Yamaha 750, a stridulé une dizaine de secondes, a hoqueté au bout de son effort alors que son pilote à grands coups de reins tentait de gagner quelques centimètres, et puis il s'est tu et immobilisé : à 199 pieds de la ligne de départ. Résultat inattendu qui le place en tête du concours général, lui, l’un des cinq concurrents engagés pourtant dans le repêchage du concours de tire de tracteurs à gazon modifiés (5$ / adulte, 12 ans et moins 3$). Le public applaudit avec un certain enthousiasme, le pilote lève les bras en V. Je me demande quels sont les liens entre le classement général et le repêchage. J’avoue ne pas comprendre.

Sous le grand chapiteau blanc, si proche de l’aréna que les toilettes de cette dernière sont réquisitionnés, une DJ country, qui calle les styles avant de lancer les disques. Les gens s’alignent, et dansent avec sérieux pour la plupart, avec de l’attitude pour certains. La dame en bleu a le western latino, matiné de salsa ; sa voisine, chemisier blanc, jupe bleue clair, le western angoissé, balai dans le cul, cerveau employé à ne pas se tromper. Elle attire moins le regard que l’autre. Ce qui n’est peut-être pas son objectif. Certains sont là en groupe, comme si une école de danse avait débarqué en bus. Pendant une chanson, ils font sécession dans un coin du plancher, se lancent dans une interprétation burlesque, (mouvements classiques western perturbés de jambes en l’air style cancan), sans qu’un message ne se dégage clairement. Peut-être ne cherchaient-ils qu’à s‘amuser. Le main stream s’en fout.

Le style Footloose me parait country-fusion disco, énergique, varié, mais pas particulièrement élégant. Notez qu’il s’agit là d’un avis de néophyte, plus que de connaisseur ou d’esthète.


Dans la rue qui remonte vers l’église, sous l’une des tentes bâchées aux faux airs d’abris Tempo, entre un commerce de vêtements péruviens en acrylique et un revendeur de tee-shirts, un auteur-compositeur-interprète a installé son stand. Vend ses disques. Sa musique fait nappe quand on passe devant, comme un brouillard sonore. Cela sonne western croisière pour veuves de l’âge d’or, quelque chose entre Frédéric François et Normand Lamour.


Dans un Ford Econoline qui a connu Reagan, une femme se fait tatouer. On ne voit que ses épaules bronzées, sa peau fripée de trop de soleil pendant trop d’années. On entend le grésillement des aiguilles. Elle aurait tout aussi pu se faire piercer.

Les jeunes gars, des locaux manifestement, sont tout énervés, Bud à la main, Stetson en paille. Les plus baraqués sont torse nu. Sont aussi les leaders. Sont suivis des yeux, montrés du doigt par des vieilles qui les reconnaissent, ou par des filles, habillées court, qui aimeraient les reconnaître. Dans la gang, les autres, plus maigres, nez longs, filasses, suivent avec des allures de queue de comète.

A l’ombre du kiosque d’accueil un jeune couple présente à ses amis son premier né. Le groupe fait corolle autour de la poussette. Le père a un tee-shirt. Trente minutes plus tard, il file dans une rue secondaire avec un vieux chum, pousse presqu’en courant le carrosse. Il a tombé le tee-shirt et se promène poitrine au vent.

Une fille magnifique n’a pas encore d’enfant.

Tout en haut de la côte, dans le saloon aux faux airs de salle communale, un spectacle permanent. De loin la voix laisse imaginer un karaoké. L’effet de la distance sûrement. Derrière les portes à battants, les tables ont la forme de guitares Stratocaster aux manches sciés, les sièges viennent de l’école, et un couple d’artistes (voix-guitare-ordi), tout ce qu’il y a de plus officiellement au programme, chante du Shania Twain, en moins sexy.

Devant le bar, une cowgirl petite, fripée, et un peu saoule, jupette, camisole, et nœud qui tient le chignon, croise un groupe en discussion ; dont un homme vêtu d’une chemise illustrée de quatre têtes de chevaux sur fond de coucher de soleil. Portée hors du pantalon, la chemise est longue, couvre les fesses. Suit un dialogue qui finit par cet appel vigoureux de la vieille : « Et relève la donc, qu’on voit ce que valent les fesses ! ». Ce qui fut fait et abondamment commenté par le groupe. Je me demande quelles étaient leurs intentions. Se peut-il qu’ils n’aient voulu que plaisanter ?

Isabelle a vu un homme incliné devant la statue du Christ, en contrebas de l’église, il semble se repentir, demander pardon pour son ivresse. Il a les mains jointes. Il tient sa bite. En fait il pisse.

Sous la tente de danse, à présent, un duo à guitares et ordi interprète Comfortably Numb des Pink Floyd, avec intégrité, sans accentuer la dimension country de l’œuvre. Pendant les efforts de son compère pour maîtriser le solo ainsi que les distorsions du système de son, le bassiste plaisante au micro avec l'assistance. Le parterre est quasi-désert, sans que je puisse décider de ce qui est cause ou effet.


Enfin un constat : dans la foule du festival les gougounes l’emportent sur les bottes à talons biseautés ; les calvities, les permanentes bleutés et les coiffures de mouffettes sur les Stetsons ; les tee-shirts sur les chemises à carreaux ; les shorts bariolés sur les jeans ; les caleçons apparents sur les boucles de ceintures chromées. Les cravates western sont rares. Entre les Harley stationnées, se dresse un scooter Piaggio. Un seul homme porte un révolver à la ceinture, un jouet en plastique. Il danse et ne semble pas menaçant.

Pour la plupart les gens ont l’air de beaucoup s’amuser. Beaucoup ont un peu trop bu. Ce festival western est décidément un truc de spécialistes.

dimanche 17 juin 2012

La sélection FIP est une source inépuisable de bonheur

Coup de coeur absolu, Roberto Fonseca, "Yo". 





Très très amusant, Chicha Libre, un groupe de Chicha revival. Définition de la Chicha par FIP : "La Chicha, outre une liqueur appréciée des Incas, était une sorte de pop psychédélique, dérivée d'un mélange de cumbia et de guitares surf, qui connut son heure de gloire au Pérou vers la fin des sixties". 
Leur interprétation de la chevauchée des walkyries est comment dire ?.... à écouter





Superbe vidéo de Sidi Touré. La musique malienne, un rock-folk sablonneux.





Et puis du blues camerounais. Très blues. Roland Tchakounte. Il chante en bamiléké ou en pidjin. Cela donne une douceur étonnante à un blues de facture très classique.





Et pour finir Sandra NKaké, camerounaise aussi, dans sa version jazzy...





... et dans sa veston pêchue.


Serpent de mer échoué sur une page

C'est un vieux projet, comme un serpent de page. Le scénario est écrit (quelques trucs à ajuster), mon frère a testé des trucs, dessiné plusieurs pages, encré deux ou trois, et peinturluré une. Là voilà. La première.

Je donne ça à Thibault : 
"Première guerre mondiale. Le front, la nuit.
La lumière de la pleine lune dessine un relief sinistre, des trous d’obus, des amoncellements de boue d’où pointent des piquets enrubannés de barbelés, des bâtis de bois désossés. Et les ruines d’une ferme.
Deux soldats allemands font leur ronde. Détendus. Le front s’est visiblement éloigné. Pas mécontents de leur chance, ils marchent côte à côte, en silence, chacun perdu dans sa fatigue hallucinée. Les fusils à l’épaule, le dos courbé, le regard au bout de leurs bottes. Ils s’approchent des ruines, sans intention aucune, lorsque, soudain, un bruit. Un cri dans une grande bâtisse éventrée, au toit à moitié effondré. Ils s’arrêtent. « Was ist das ? ». Réflexes de soldats, immédiatement. Se collent aux murs, fusil à la main. La crainte de nouveau dans leurs yeux.
Se couvrent mutuellement ils pénètrent dans l’obscurité de la ruine. Lentement, que leurs regards s’habituent. De nouveau des cris, un halètement. Un son qu’ils connaissent bien, incongru en cet endroit. Se jettent des regards de surprise. Mais toujours la même prudence. L’un d’eux, protégé derrière un pan de mur à moitié effondré sur une cheminée risque un œil. Il remarque d’abord la capote de laine bleue et le Lebel, posés contre une table qui émerge d’un amoncellement de briques et de planches, et puis au second plan dans un coin de la pièce, le dos d’un homme, fesses nues, pantalon sur les chevilles qui fait l’amour à une femme, cachée dans l’ombre. On ne voit que ses genoux qui saillent et le bas de ses cuisses, happées par la noirceur. Ses cris de plaisir.
Les soldats allemands quittent leurs caches, deux ombres.

Une autre nuit, ailleurs, la même peut-être, qu’importe. Un lit simple sous un crucifix de bois d’où pend un chapelet. Une couverture épaisse, de larges oreillers confortables. Une jeune femme dort."

Et il fait ça :




vendredi 8 juin 2012

Dans la rue aujourd'hui. Un homme, habillé de noir, avec sa canne blanche cherche sa route. Il dégage une sérénité saisissante. Nous lui servons de guides. Il nous dit qu'il travaille pour un restaurant tenu par des aveugles dans lequel les clients mangent dans le noir. Il aime l'expérience. Depuis peu il est juste à temps partiel. Il travaille à la sandwicherie, qui fonctionne en plein jour.
C'est que l'homme n'est pas totalement aveugle. Mal voyant en fait. "Je suis un grosses lettres". Son cerveau ne s'est pas construit pour compenser l'absence d'informations oculaires. Du coup il est moins performant dans le noir, moins productif pour son employeur.
Sans acrimonie, il conclut : Drôle de paradoxe.

mercredi 6 juin 2012

Glisser sur l'eau en slip

Je pense que c'est vraiment un des plus beaux bonheurs de la vie : le bodysurfing.