lundi 13 septembre 2010

Orgueil et godillots

Malgré ses finances fragiles, James Joyce menait grand train à Paris.

(J'admets que l'entrée en matière est un peu brutale).


Equilibriste du compte en banque, Joyce avait développé un talent exceptionnel de "quémandeur" (l'expression est de Lévy-Beaulieu) qui lui permit tout au long de sa vie de faire financer par d'autres le faste de son train de vie, contrepartie légitime selon lui pour ce qu'il considérait, avec raison, comme son génie.

Anecdote savoureuse. Je l'intitule : quand le funambule se prend les pieds dans le tapis.

Nous sommes donc à Paris. Joyce a envoyé un message larmoyant à son éditeur, Ezra Pound, se lamentant d'être trop pauvre pour s'acheter des chaussures. La suite, Victor Lévy-Beaulieu la raconte :

"Pour impressionner le monde avec lequel il mangeait, Joyce aimait qu'on lui apporte à sa table le courrier qu'il recevait. Un colis envoyé de Londres par Ezra Pound ne pouvait qu'être impressionnant et Joyce aimait bien jeter de la poudre aux yeux. Mais quand le colis fut ouvert et qu'il en tira les vieilles godasses de Pound [celui-ci avait envoyé de vieilles godasses usées qu'il ne portait plus], il fut consterné et demanda aussitôt à son fils Giorgio de les faire disparaître. Giorgio refusa, et les spectateurs médusés d'assister à une fulgurante engueulade en italien entre le père et le fils". (Victor Lévy-Beaulieu, "James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots", p. 677).

vendredi 10 septembre 2010

jeudi 9 septembre 2010

Photos de voyage


Quimper, 7 septembre, 20H

Et l'assassin est....


Depuis 1947 le nom du meurtrier était un secret bien gardé.
58 années de représentations sans interruption, record de longévité dans le théâtre mondial. Et personne n'avait moufté. De la même façon "Les Diaboliques" de Clouzot, finissait avec la phrase : "« Ne soyez pas "diabolique" ! Ne révélez pas la fin de ce film à vos amis ! ».
"La souricière", pièce de Agatha Christie, n'a jamais été publiée pour ne pas offrir le nom en pâture aux curieux.
Et puis Wikipedia...
Pour vous faire économiser un voyage à Londres et une place de théâtre je cite :

"The murderer's identity is divulged near the end of the play. In a twist ending, it is revealed that the murderer is le colonel Moutarde avec la brosse à dent dans les chiottes, who is not a colonel at all but an insane killer seeking to avenge his brother's death."

mercredi 8 septembre 2010

Choses apprises aujourd'hui 6

Dans les années 70 la France ne produisait pas suffisamment de vin de table pour assouvir sa consommation intérieure malgré les efforts du Carignan. Elle était contrainte d'importer de la bibine.

Une des innovations majeures de Madame de Lafayette dans l'art du roman fut l'abandon des confidents. Auparavant, pour connaître les secrets et les pensées des personages, il fallait que ces derniers se confient à quelqu'un. Hors dans la "Princesse de Clèves" point de confidents. L'auteure entre directement dans la psychée de ses personnages, écrivant ce qu'ils se disent, comme si elle lisait dans leurs pensées. Commentaires acerbes des critiques de l'époque sur le mode : mais comment l'auteur peut-il être au courant ?

Montblanc (les stylos) est une marque allemande.

mardi 7 septembre 2010

14 hommes et 330 000 plantes

A Saint-Petersbourg se trouve l’institut Vavilov, mémoire génétique horticole : 330 000 variétés de plantes, quatrième banque de semences au monde. Aventure scientifique mangeuse d’hommes. Dont son créateur, Nikolaï Vavilov, fondateur en 1921, arrêté par la police politique en 1940 comme « ennemi du peuple ». La menace que pouvait bien représenter un grainetier pour Staline reste pour moi une inconnue. Reste que jusqu’à la mort du dictateur, prononcer le nom de Vavilov s’apparentait au suicide. Allez savoir. Créativité des folies meurtrières.
Treize autres héros. De septembre 1941 à janvier 1944, pendant le siège de Leningrad, treize collaborateurs ont veillé jour et nuit sur la banque de semences. Dormaient sur place. Affamés. N’ont pas touché aux graines, jamais. Même tordus par les crampes au bide. Même chiant liquide. Tous morts de faim. Héros de la biodiversité. Gloire de la science soviétique. Hyperbole de la lutte contre l’eugénisme nazi.

Aujourd’hui l’institut est menacé par les promoteurs immobiliers. Deux des plus beaux bâtiments de Saint-Pétersbourg, pour des graines. Sans déconner, c’est quoi le retour sur investissement ? Pas mieux à faire que des germinations ?

Constat : moi, si j’étais l’une des 330 000 plantes, je virerais paranoïaque.

Note : pour une description saisissante du siège de Leningrad, le très romanesque roman de Benioff : City of thieves.